Fraternisation et mémoire européenne


 

 

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La Total French School d’Aberdeen (Ecosse / Royaume-Uni) a obtenu cette année le label « CENTENAIRE » de la Mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale pour son projet « Fraternisation et mémoire européenne«  piloté par Victor RICHERT, professeur certifié d’histoire-géographie. Ce projet reconnu comme innovant, structurant et original figure sur le programme national officiel des commémorations.

Notre établissement a développé un système scolaire hybride avec l’Albyn School ( école privée écossaise).  Monsieur Richert a associé des élèves de différentes nationalités européennes présentes dans l’établissement autour du thème des fraternisations. L’objectif pédagogique de ce projet est de cerner et d’expliciter les enjeux mémoriels passés et actuels relatifs aux épisodes de fraternisation à travers le regard de cette jeunesse européenne.

 

Depuis octobre 2018 une vingtaine d’élèves français et britanniques travaillent sous le tutorat de deux prestigieux historiens : le français Rémy Cazals (Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse-II Le Mirail), l’allemand Thomas Weber (professeur d’histoire et d’affaires internationales à l’Université d’Aberdeen) et de l’auteur irlandais Don Mullan (auteur – producteur humanitaire et médiatique à succès).

C’est dans le cadre de ce projet qu’une matinée exceptionnelle a été organisée le mercredi 06 février 2019 dans l’auditorium de l’école.

  • L’ancien Président de la République François Hollande contacté en novembre 2018 a accepté de participer à une visio-conférence retransmise devant l’ensemble des élèves de l’école française et de nombreux élèves britanniques francophones.
  • Zoé Rosa (élève française de 1ere S à la Total French School) et Bahar Ganvjar (élève britannique d’Upper 5 à Albyn School) ont préparé et mené cet entretien de qualité avec sérieux et enthousiasme.

 

Pendant cet échange Skype de dix minutes, le Président Hollande a défini la valeur de fraternité puis a expliqué son rôle lors de la cérémonie d’inauguration du Monument des Fraternisations en décembre 2015. Il a ensuite mis en perspective ces épisodes de fraternisation avec le contexte européen actuel pour conclure sur le rôle de la jeunesse comme vecteur de l’unité et de la défense des valeurs européennes.

Cet incroyable échange restera à l’évidence un moment fort de la scolarité des élèves.

 

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   Article sur le site d’Albyn School                    Article dans la presse locale 

 

Cette matinée s’est ensuite poursuivie avec l’interview de l’acteur écossais Gary Lewis (Billy Elliot, Gangs of New York, Outlander…) qui a également accepté une interview pour évoquer son rôle dans le film de Christian Carion « Joyeux Noël » (2005) qui aborde également le thème des fraternisations.

 

  • Andréa Tourillon (élève française de 1ere S à la TFS), Ruraidh Williams et Chizzy Ifezulike (deux élèves britanniques d’Upper 5 à Albyn School) ont interviewé l’acteur sur son rôle et sur les valeurs défendues par le film.

 

Son sens de l’humour, sa proximité et son écoute ont permis aux élèves de mieux cerner certains enjeux de notre thème d’étude. L’acteur a offert aux élèves à la fin de l’entretien une lecture émouvante d’un poème de Tom Leonar intitulé « Being a Human Being » sur les thèmes de la résistance et de l’espoir.

 

 

 

Pour conclure cette matinée exceptionnelle, l’historien allemand de l’Université d’Aberdeen et partenaire du projet, Thomas Weber, s’est prêté à une séance de questions-réponses d’une heure sur le thème des fraternisations.

                             

Cette matinée constituait la première étape d’un projet s’étalant sur l’ensemble de l’année scolaire 2019/20. En effet, le rendu final prendra la forme d’une émission de web-radio préparée, animée et montée par les élèves. L’enregistrement est prévu le mardi 7 mai 2019 à Aberdeen en présence des historiens Rémy Cazals et Thomas Weber et de l’auteur irlandais Don Mullan. Nous vous invitons à vous rendre sur le site internet de la Total French School d’Aberdeen début juin pour consulter la version définitive de l’enregistrement.

Victor Richert

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INTERVIEW DE ZOÉ ROSA AU SUJET  DE SON ENTRETIEN AVEC LE PRÉSIDENT HOLLANDE :

 

  • Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que vous interviewerez l’ancien Président de la République ?

 

Lorsque Monsieur RICHERT, notre professeur d’histoire géographie, m’a annoncé la nouvelle je suis restée dubitative pensant qu’il s’agissait d’une blague. Par la suite, je me suis sentie honorée d’interviewer une personne si importante mais la perspective de cet entretien m’a également beaucoup stressée.

 

  • Comment avez-vous préparé cette interview ?

 

Avec Bahar, ma camarade britannique, nous nous sommes intéressées au discours que le Président avait prononcé lors de l’inauguration du Monument des fraternisations en 2015 à Neuville Saint Vaast. Après l’avoir étudié, nous avons réalisé une série de questions que notre professeur a ensuite corrigée puis validée. Nous nous sommes entraînées plusieurs fois à l’oral une semaine avant l’entretien.

 

  • Comment s’est déroulé cet entretien ?

 

L’entretien avec le Président Hollande s’est très bien passé, étrangement je me suis sentie rapidement à l’aise pour mener l’interview. Les réponses et les analyses du Président nous aideront pour la suite de notre projet.

 

  • Que retenez-vous de cet échange avec le Président Hollande ?

 

Cette interview restera un moment mémorable et marquant de ma scolarité. Cela m’a permis de me confronter à un exercice oral exigeant et de me surpasser pour gérer mon stress.

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Retranscription de l’interview du Président François Hollande.

Introduction

François Hollande (FH) : « Bonjour. »

Laurent Lesert : « Bonjour monsieur le Président, je suis Laurent Lesert, le Directeur de l’école française d’Aberdeen et au nom de la Mission laïque française, je vous remercie pour le temps que vous nous consacrez. Je vous présente Victor à mes côtés qui est le professeur d’histoire qui a monté ce projet. Devant moi vous avez Zoé et Bahar à ses côtés. Je vous laisse avec elles, merci. »

Victor Richert : « Bonjour Monsieur le Président. Avant de commencer, je voulais vous remercier d’avoir accepté notre demande d’interview. Je suis Victor Richert, professeur d’histoire géographie et référent du projet « Fraternisation et Mémoire Européenne ». Je vous laisse en compagnie de Zoé et Bahar qui sont deux élèves particulièrement impliquées dans notre projet et qui ont préparé avec grand soin, sérieux et enthousiasme votre entretien.  Merci monsieur le Président.”

FH : « Merci pour cette invitation. Je suis très content d’être à Aberdeen quelques minutes acvec vous. »

Interview

Zoé Rosa (ZR): « Bonjour Monsieur le Président, Avant de poursuivre, permettez-nous de nous présenter :

Je suis Zoé Rosa, élève de 1ere à la Total French School d’Aberdeen. »

 

Bahar Ganjvar (BG) : « Je suis Bahar Ganjvar, élève de Upper 5 à Albyn School d’Aberdeen. »

 

ZR : « Monsieur Le Président, c’est un grand honneur pour notre école que de vous recevoir aujourd’hui dans le cadre de notre projet « Fraternisation et mémoire européenne ». Comme vous pouvez le constater nos échanges seront suivis avec attention par l’ensemble de l’école française et de nombreux élèves britanniques francophones. Nous aborderons durant cet entretien votre rôle lors de la cérémonie d’inauguration du Monument des Fraternisations en décembre 2015.

Nous mettrons ensuite en perspective ces épisodes de fraternisation et le contexte européen actuel. Nous conclurons enfin sur le rôle de la jeunesse comme vecteur de l’unité et de la défense des valeurs européennes. »

BG : « Monsieur Le Président, pourriez-vous nous définir la valeur de Fraternité? Existe-t-il une fraternité européenne ? »

FH : « D’abord, c’est un mot, une valeur, qui est apparu pendant la Révolution française puisque c’est devenu la devise de la République Française : la fraternité, sans que l’on sache toujours ce qu’elle pouvait signifier en plus de la liberté et de l’égalité. C’est en fait de considérer que chaque citoyen peut apporter à l’autre ce qu’il ne trouvera pas lui-même. C’est-à-dire plus qu’une solidarité, une présence et une compréhension de ce qu’il peut vivre dans une même nation.

Est-ce qu’on peut élargir à l’Union Européenne le mot de fraternité ? Oui ! On peut même l’élargir à l’échelle de la planète. D’une certaine façon, tout ce qui se produit ailleurs, a des conséquences sur nous. Et de laisser ou de négliger une situation, un problème, une urgence très loin de nous, peut avoir des conséquences sur le climat ou sur notre santé par exemple.

Donc, il y a une fraternité des sentiments et puis il y a une fraternité de la raison. Nous sommes dans le même ensemble, que ce soit une nation, un continent : l’Europe ou une planète, une fois de plus liés les uns, les autres. Et c’est cette rencontre d’une fraternité d’émotion et d’une fraternité de raison qui fait que ce mot à un grand avenir. »

 

 

BG : « Monsieur Le Président, vous avez inauguré le 17 décembre 2015 le Monument des Fraternisations à Neuville Saint Vaast. Pourriez-vous nous préciser ce qui vous a conduit à présider cette inauguration et le sens de cette cérémonie ?

FH : « Oui, s’était pour rappeler un évènement qui s’était produit pendant la première guerre mondiale où des hommes qui se combattaient, à un moment, ont pu éprouver le même besoin de se retrouver et qui ont vaincu finalement tous les à priori, tous les préjugés, peut-être tous les interdits pour passer, non pas à l’ennemi, mais un moment avec l’ennemi, et qui n’était plus l’ennemi, qui devenait justement l’humain et le frère.

Cet évènement avait été retracé dans un film et dans plusieurs livres et je voulais que l’on puisse garder ce souvenir en mémoire pour précisément donner une leçon aux générations nouvelles. Qu’il y ait toujours cette volonté, qui puisse être celle de femmes, d’hommes, qui a un moment dépassent leurs intérêts, dépassent leur conflit pour aller jusqu’au cœur même de l’humanité.

Ce monument permettra à des jeunes comme vous, non seulement de comprendre le passé et l’Histoire. Que s’est-il passé, que s’est-il produit pendant la première guerre mondiale, qui a été une guerre extrêmement meurtrière, et qui a poussé des hommes à se rebeller pour montrer qu’il y avait une autre issue que la guerre. Mais aussi de regarder le présent et l’avenir parce que la guerre que l’on croit loin de nous est toujours possible Elle est d’ailleurs beaucoup plus près de nous qu’on ne l’imagine. On le voit encore avec les réfugiés qui nous arrivent du Moyen-Orient.

ZR : « Monsieur Le Président, Face à une Europe fragilisée et un contexte international troublé, ces épisodes de fraternisation prennent-ils aujourd’hui une signification particulière ?

FH : « Oui, parce que la tentation aujourd’hui, on le voit dans beaucoup de pays, c’est de se replier dans chacune de nos nations. C’est de se protéger, s’enfermer, de mettre des murs partout. On le voit aux Etats-Unis. C’est la proposition de Donald Trump qui fait l’objet d’un blocage au congrès des Etats-Unis. On le voit en Europe où certains pays ont également érigé des barrières avec des barbelés pour empêcher l’arrivée de migrants ou de réfugiés. Et, on voit bien, dans les esprits, des murs s’installer : refuser l’autre, avoir peur du monde.

Donc oui je pense qu’il faut absolument, dans cette Europe qui est tentée soit par le départ, on le voit bien avec le Brexit, soit par l’immobilisme, réinsuffler un esprit commun.

Qu’est-ce que nous partageons ? Qu’est-ce que nous voulons faire ensemble ? Qu’est-ce que nous voulons offrir comme modèle au monde ?

 

ZR : « Monsieur Le Président, dans votre discours inaugural du 17 décembre 2015 vous évoquiez des « gestes qui permettent de préserver l’Humanité ». En tant que jeunes européens, quels seraient ces gestes que nous pourrions accomplir pour préserver l’Europe et plus largement l’Humanité ?

FH : « D’abord, il y a des gestes pour lutter contre le réchauffement climatique parce que celui-là n’a pas de frontière. Il nous concerne tous. Et moi, je suis tout à fait impressionné par le nombre de jeunes comme vous qui se mobilisent, presque chaque semaine, pour marcher et pour convaincre qu’il y a une autre cause plus grande que celle que l’on peut poursuivre pour soi-même ou pour son pays qui est la cause de la survie de la planète.

Sur l’Europe, nous avons un grand principe dans cette Europe c’est d’être attaché à la liberté : la liberté de circuler, la liberté de penser, la liberté de contester, la liberté de proposer. Et c’est cette conception de la liberté qui a fait que nous avons construit l’Europe, non seulement pour faire la paix mais pour, promouvoir cette valeur-là. Et aujourd’hui, elle est menacée parce que certains pensent qu’il y a trop de liberté. Certains pensent qu’il faut restreindre un certain nombre de libertés : de circulation ou de penser. Et donc il faut toujours se battre pour la démocratie.

La Démocratie, vous, vous l’avez toujours connue. Il y a des peuples qui l’ont approchée, qui parfois, en ont bénéficié mais elle est également menacée par des pouvoirs qui se veulent de plus en plus autoritaires. » 

BG : « Monsieur Le Président, nous vous remercions pour ce précieux échange qui restera à l’évidence un moment fort de notre scolarité. Cela a été un honneur de vous recevoir dans le cadre de notre projet « Fraternisation et mémoire européenne ».

Nous intégrerons vos explications dans notre émission de radio publique du 7 mai prochain.

Nous ne manquerons pas de vous faire parvenir une copie de cet enregistrement.

Au revoir Monsieur Le Président. »

 

FH : « Bon travail et à bientôt. Moi, je veux aussi vous entendre. J’aurai à cœur de lire et de comprendre ce que vous avez voulu transmettre justement avec cette évocation de la fraternité. Le fait que vous soyez toutes les deux réunies et que vous pensiez en anglais et en français, même si vous vous êtes exprimés en français me fait chaud au cœur.

A bientôt alors.

Merci. »